17/09/2006
Pierre Autin-Grenier
COLLATION
Nous nous trouvions réunis dans une vaste salle un peu austère au centre de laquelle avait été dressé un immense buffet froid pour arroser je ne sais quel événement dont je ne mesurais pas de prime abord toute l’importance.
Avec une logique impressionnante des discours un peu ampoulés s’étaient enchaînés à des discours assez guindés, le tout ponctué de vifs mais brefs applaudissements et, pour finir, invitation nous avait été faite d’aller nous sustenter.
C’est alors que l’homme en l’honneur de qui était organisée cette réception et qui venait de répondre d’une voix tremblotante aux hommages et éloges dont il avait été l’objet se jeta de but en blanc sur la femme du patron. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, l’ayant mise en charpie, il la dévora tout entière sous nos yeux, n’en laissant guère plus, une fois repu, qu’un morceau de cuir chevelu et un sac en croco.
Relatant après bien des années cette petite anecdote longtemps restée enfouie dans ma mémoire, il me revient maintenant qu’on remettait ce jour-là à ce brave homme la médaille du travail en récompense de trente ans de bons et loyaux services passés aux différentes chaînes de transformation chimique de notre groupe agro-alimentaire.
Extrait du recueil inédit "C'est tous les jours comme ça".
Pierre Autin-Grenier
Né vers 1953, ou 1949, ou bien 1951, ou alors 1950 (les poètes n'ont pas de biographie, murmure-t-il). A notamment publié : Certaines choses et d'autres (Multiples, 1978) ; Jours anciens (Jean Le Mauve, 1986) ; Les radis bleus (Le Dé bleu, 1990) ; Toute une vie bien ratée (Gallimard, 1999) ; Histoires secrètes (La Dragonne, 2000) ; L'éternité est inutile (Gallimard, 2002) ; Je ne suis pas un héros (Gallimard, 2003), Friterie-Bar Brunetti (Gallimard - L'Arpenteur, 2006).
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15/09/2006
Cécile Oumhani
Qui suivra du doigt
Ces odyssées de signes
Au miroir de nos pas
Dit caché de notre quête
A des échappées de merles et de buis
Tant de brisures à ces routes
Rêvées depuis l'obscur en son commencement
Et ces éveils obstinés
Au détour des failles
Quand à trop douter
Les lendemains se dérobent
Dévastés de paroles non tenues
Et d'étoffes lavées de larmes
Au plein de moissons
Qui n'avaient de goût que la rouille
Et toujours renaît l'entêtement à vivre
Ronces perlées de fruits sombres
Goûteux comme un soir d'été
(inédit)
Cécile Oumhani
Née en 1952. Parmi ses recueils : A l'abside des hêtres (Centre Froissart, 1995) ; Loin de l'envol de la palombe (La Bartavelle, 1996) ; Des sentiers pour l'absence (Le Bruit des autres, 1998) ; Chant d'herbe vive (Voix d'encre, 2003). Également nouvelliste et romancière.
Pour en savoir plus, le site : http://verslaseine.hautetfort.com/ (lien ci-contre, colonne de gauche),
ainsi que : http://pagesperso-orange.fr/labyrinthe/ecrivains/oumhani.html
06:40 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie
13/09/2006
Tahar Bekri
Liban, ma rose noire
Ils redoublent de férocité
Et crient aux cèdres
Nous sommes les seigneurs de la guerre
Nous fermons la mer le ciel et la terre
Et pissons sur vos prières
Nous mangeons les collines et les montagnes
Nous détournons les fleuves
Volons les lacs les plateaux et les arbres
De chiffres sans nom
Nous remplissons vos cimetières
Nous sommes les nouveaux aigles
Nous aimons les ruines et les décombres
Le sang des chevaux éventrés
Les larmes des murs
Les enfants sous les pierres
Nous sommes les bâtisseurs de vos cauchemars
Coupeurs de routes
Coupeurs de ponts
Démolisseurs d’aéroports
Brûleurs de vos réserves
La farine est notre ennemie
Votre pain poudre pour notre canonnière
Nous mettons l’air à genoux
Le vent à feu et à sang
Nous sommes les ravageurs de centrales hydrauliques
L’eau c’est pour laver vos morts
Nous sommes la nuit de votre détresse
Destructeurs de centrales électriques
Amis des chauves-souris
La cécité guide nos cœurs
Assoiffés de vos linceuls sans cercueils
Nous sommes les rois de la lumière
Nous tuerons la lune s’il le faut
Pour disperser vos cendres
Dans les trous de notre mémoire
Nous prierons Dieu pour ouvrir son Enfer
Croix et croissant pour nourrir nos brasiers
Et nous ferons de vos frontières nos pissotières
La bannière étoilée est notre chandelier
Dans le ciel déchiré par nos mâchoires
(également publié sur les sites Transfinito et Maison de la Poésie de Namur)
Tahar Bekri
Né en 1951 en Tunisie. Vit à Paris depuis 1976. Parmi ses recueils : Le coeur rompu aux océans (L'Harmattan, 1988) ; Les chapelets d'attache (L'Harmattan, 1994) ; Marcher sur l'oubli (L'Harmattan, 2000) ; L'horizon incendié (Al Manar, 2002) ; La brûlante rumeur de la mer (Al Manar, 2004) ; Les songes impatients (Aspect, 2004) ; Si la musique doit mourir (Al Manar, 2006).
17:10 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie


