11/05/2013

Alain Jégou (1948 - 2013)

  

Éclaircie


soulèvement des effluves marines
déchirure d'un couchant de granit
les ports aversent des brumes bleutées
opaque des gencives sous l'étreinte d'alcool
ça sirupe de boucaille dans les regards immobiles
ça détrône du vif dans l'irrespirable de psaumes
à dégrossir des furies de houle
des écarts de vents 
sous les lambeaux d'un ciel d'angoisse
les pétales de lune voisinent avec les voiles
dans les torpeurs de calmes plats
où faseyent les coeurs
où murmurent les grèves dénudées
les feux du large clignotent 
comme ceux d'un claque bondé
coeur embrumé qui en partance
sous la gîte du crâne
s'estompe dans l'espace mauve du couchant
lui reviennent litanies
parcelles d'attouchements
étreintes au ventre d'une poulie coupée
les images frisées dégoulinent en plein silence
des nuages courent sur la mélasse du crâne
un grain creuse dans la nuit
une douce hémorragie 
sous le scalp des vents portants
de suroît soudaine réalité de trime
fièvre
la mer querelle les étoiles
l'urine fraîche des vagues lessive la douleur
du partir
brûlure enfouie sous la poudre d'écume
il reste de l'exil à parfaire le sillage
les gestes de survie sont minoritaires


De l'errance ordinaire /
poèmes d'Agnès Béothy, Daniel Biga,
Alain Jégou, Ghislain Ripault...
- éd. Repères, 1979. - 84 p.

 

Alain Jégou

(1948 - 2013) Parmi ses autres recueils : La piste des larmes (éd. Blanc Silex, 2000) ; Gracias a la vida (éd. Le Chat qui tousse, 2004) ; Qui contrôle la situation ? (éd. La Digitale, 2005) ; Dérives et ombres furtives (éd. L'Autre Rive, 2008) ; Passe Ouest (éd. Apogée, 2009) ; Une meurtrière dans l'éternité (éd. Gros textes, 2012).

Pour en savoir plus : http://alainjegou.blogspot.fr/

http://www.editions-apogee.com/auteurs-1/j/alain-jegou.html

http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=30088&am...

http://www.leshommessansepaules.com/auteur-Alain_J%C3%89G...

http://ressacs.hautetfort.com/   (08/05/2013) 

http://ecartsmbh.wordpress.com/articles-downloads/alain-j...

http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Pl%C5%93meur.-Le-po...

07/04/2013

Anne de Szczypiorski

 

Un pays d'aurore, et les fleuves gonflés sont bleus et silencieux. Ce ne sont que de tièdes et longues bêtes vivantes, sans gratitude, qui ne savent ni donner l'amour, ni recevoir. Des miroirs bombés et ovales, cerclés de pâleur, coupés de hampes lumineuses tremblent, alertes et funèbres, torrides doigts durs et effarés.

Ce sont aussi de longues fleurs orangées, enchantées de fontaines qui recueillent l'eau des fleurs qui se fanent et se réaniment changées, toutes changées et toutes pareilles, des fleurs lisses qui dansent, des flammes sèches, des flots couleur de cannelle, des ruisseaux compliqués au parfum d'herbe écrasée et de santal.

 

(...)

 

Entendez-vous ma lettre comme une plainte ? Ce n'est pas une plainte. J'en ai assez de me voir seule dans un monde qui ne me convient plus, quand je ne connais pas le monde qui m'irait à peu près, et j'abhorre ceux qui voudraient ma paix. Ma paix n'est en nul lieu, ni en moi-même. 

 

(...)

 

Tous les devoirs sont personnels, nous n'avons pas de devoirs envers les autres. Loin de récuser la vie,  il faut suivre jusqu'au bout son élan, dut-il nous briser, être dur, exigeant, implacable, refuser la plainte, affronter la certitude, même si on doit en mourir.

 

 

L'atmosphère est saccagée. - éd. de La Sirène étoilée, 2013.

-  70 p.

 

 

Anne de Szczypiorski

Née en 1955, elle s'est donnée la mort en 1975. N'ayant jamais rien publié de son vivant, elle laissait de nombreux écrits manuscrits. Il faut remercier Gilles Plazy et les éditions de la Sirène étoilée d'en publier, pour la première fois, un choix, 38 ans après sa disparition. J'y entends une voix soeur de celles d'Artaud, de Jacques Prével, de Loïc Herry - et d'une certaine Béatrice Douvre.

http://lasirene.etoilee.monsite-orange.fr/

 

24/03/2013

François Charron

 

on s'installe au même endroit que la veille

des vitrines s'éclairent, d'autres s'éteignent

nous marchons tranquillement sur un fil qui n'est pas palpable

de très légers flocons s'évanouissent en touchant l'asphalte

à la télévision, on discute de la guerre entre deux publicités

l'atmosphère humide, sans que je m'en aperçoive, a coloré mes joues

le dehors est une maison dont on ne peut sortir

le vide de notre souffle ne nous aura jamais quittés

le vide de notre souffle n'est pas seul

quelqu'un se renouvelle au centre de nous-mêmes

 

 

L'intraduisible amour.

- Écrits des Forges / Le Dé bleu / L'Arbre à Paroles, 1991.

- 194 p.



François Charron

Né en 1952 au Québec. Parmi ses autres recueils : Le fait de vivre ou d'avoir vécu (éd. Les Herbes rouges, 1986) ; La beauté des visages ne pèse pas sur la terre (éd. Écrits des Forges, 1990) ; Le cri de la vierge (Écrits des Forges, 2007) ; Le coeur innombrable (éd. de L'Hexagone, 2009) ; Vocation de la perte (éd. de L'Hexagone, 2012).