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24/12/2015

Mireille Fargier-Caruso (2)

 

Bien sûr l’indigence du dire mais

Perdure vive l'odeur de prune

 

Et dans l'oreille le claquement régulier

De la corde à sauter frappant le sol

 

Bruit de clé ouvrant l'enfance

            C'est le matin

 

 

* * * * *

 

 

Ici et là la vie se glisse avec ses bruits d'eau

La goutte rouge du géranium perçant la pénombre

Coquillages vestiges lumineux du mois d'août

 

Livre abandonné sur la table

Semences qui tentent d'ébrouer l'insomnie

 

Un chant scandé par-dessus la pluie

Réponses toujours inappropriées

 

Ce qui reste de la beauté

Une éclaircie

 

Quelle échappée ?

 

 

* * * * *

 

 

Diminuer lentement

Amarré à tous les silences

 

Frayeurs à cisailler

l'une après l'autre

Pour pouvoir faire alliance

Et que naisse le fruit

 

Usé le ciel se renverse

Perché sur la gouttière

Prêt à tomber

 

Une pierre

Au fond d'un puits

 

 

* * * * *

 

Dans le jeu des éclats de bonheur

 

A la femme reconnue choisie aimée

Elle vole son sourire son prénom sa démarche

Elle est l'autre

Se colorie les ongles en rouge avec la craie

 

Aussi dans ses rêves lorsqu'elle se perd de vue

 

 

Très tôt il est question

De se perdre de vue

 

 

 

Un lent dépaysage. - éd. Bruno Doucey, 2015. - 86 p.

 

 

Mireille Fargier-Caruso

Née en 1946. Parmi ses autres recueils : Entre les points et la parole (éd. Le Cherche-Midi, 1981) ; Limites (éd. Le Pont de l'épée, 1984) ; Visage à édifier (éd. Le Méridien, 1988) ; Contre-ciel (éd. Le Pré de l'âge, 1990) ; Séquences au loin (éd. Poésimage, 1991) ; Heures d'été ou l'envers de l'ombre (éd. Arclettres, 1991) ; Blues notes (éd. Le Pré de l'Age, 1992) ; Lettre à L. (éd. Froissart, 1993) ; Même la nuit, persiennes ouvertes (éd. le Dé bleu, 1989) ; Dimanche, je vous aime (éd. Pré carré, 2001) ; Silence à vif (éd. Paupières de terre, 2004) ; Rendez-vous Septembre (bilingue français-grec, collages de Christos Makridakis, éd. Transignum, 2004) ; Ces gestes en écho (éd. Paupières de terre, 2006) ; Le don des arbres (peintures de Sarah Wiame, éd. Céphéides, 2007) ; Un peu de jour aux lèvres (éd. Paupières de terre, 2010).

Déjà invitée dans Poésiemaintenant le 1er mars 2008.

 

00:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, poésie

17/12/2015

Pierre Dhainaut (2)

 

Reverrions-nous les jardins et les plages,

nous ne quitterions pas nos chambres,

l'aube d'été ne nous aidera pas, ni les poèmes

où nous avons cru oublier la mort ;

Ce mot ne sert qu'à mesurer combien

la gorge est aride. Mais spontanément,

qu'un prénom resurgisse, il nous déborde,

il tient lieu de parole à l'affection, ici même,

au passage, l'arbre s'incarne avec la vague

pour dénouer les voix qui expriment

une absence, qui ont foi malgré nous

en la furtive éternité du face-à-face,

nous respirons ensemble.

 

* * * * *

 

Si aiguë, l'écoute nocturne, en expansion : pour ne pas s'égarer, les poèmes du matin, du bon matin, la réengendrent.

 

* * * * *

 

Variantes, ébauches, ce que l'on désigne abusivement par ce nom d' "oeuvre" n'a pas réussi à les unifier. De déception en déception, de renaissance en renaissance, une oeuvre n'est légitime que si une même question la renouvelle : qu'est-ce qui la relie à toutes les autres ?

 

 

Voix entre voix. - éd. L'Herbe qui tremble, 2015. - 56 p.

 

 

Pierre Dhainaut

Né en 1935. Parmi ses autres publications :  Le poème commencé (éd. Mercure de France, 1969) ; Dans la lumière inachevée (éd. Mercure de France, 1996) ; Paroles dans l'approche (éd. L'Arrière-Pays, 1997) ; A travers les commencements (éd. Paroles d'Aube, 1999) ; Introduction au large (éd. Arfuyen, 2001) ; Entrées en échange (éd. Arfuyen, 2005) ; Au-dehors, le secret (éd. Voix d'encre, 2005) ; Pluriel d'alliance (éd. L'Arrière-Pays, 2005) ; Dans la main du poème (éd. Écrits du Nord, 2007) ; Levée d'empreintes (éd. Arfuyen, 2008) ; Sur le vif prodigue (éd. des Vanneaux, 2008) ; Plus loin dans l'inachevé (éd. Arfuyen, 2010) ; La nuit, la nuit entière (éd. AEncrages & Cie, 2011) ; Vocation de l'esquisse (éd. La Dame d'onze heures, 2011) ; La parole qui vient en nos paroles (éd. L'Herbe qui tremble, 2013) ; Rudiments de lumière (éd. Arfuyen, 2013) ; De jour comme de nuit (avec Mathieu Hilfiger, éd. Le Bateau fantôme, 2014) ; L'autre nom du vent (éd. L'Herbe qui tremble, 2014) ; Progrès d'une éclaircie (éd. Faï fioc, 2014) ; Gratitude augurale (éd. Le Loup dans la véranda, 2015).

Déjà invité dans Poésiemaintenant le 21 juin 2006.

 

17:50 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poème, poésie

10/06/2015

Irène Gayraud

 

 

Le vent a soufflé.

Il fait danser les cendres âcres

 

Le feu au corps noir brûle toujours

parfois une main s'éboule

 

Le vent souffle.

Il est arrivé tout à coup

comme un inconnu dans une maison nocturne cogne un meuble

 

Grand bruit dans le silence

et l'on crie qui va là ?

 

 

* * * * *

 

 

L'air passe et repasse sur la carte

elle change d'échelle à chaque battement de cils

 

Aussi vite qu'un kaléidoscope

elle accroît et réduit les distances

incurve les lignes

surprend le regard

 

 

* * * * *

 

 

Les sons bougent aussi

 

Ils encerclent et bourdonnent à l'oreille

 

L'instant d'après

lointains

perdus

ils se défont

tournoient dans l'air indistinct

 

 

 

à distance de souffle, l'air . - éditions du Petit Pois, 2014. - 28 p.

 

 

Irène Gayraud

Née en 1984. A distance de souffle, l'air est son premier recueil. Un recueil de micro-récits poétiques, Voltes, doit paraître aux éditions Al-Manar en 2016.

Textes publiés dans plusieurs revues françaises : A Verse, Place de la Sorbonne, Sarrazine, Verso... et étrangères.

Musicienne, elle s'intéresse aux rapports entre musique et poésie (démarche qui rejoint celle de Michèle Finck) et collabore avec plusieurs compositeurs.

Traductrice de plusieurs poètes de langue allemande, espagnole et italienne (notamment Dino Campana).

Agrégée de Lettres modernes, Docteur en littérature comparée, enseigne en université.

Pour en savoir plus, son site, Pupilles d'encrehttps://irenegayraud.wordpress.com/

(lien ci-contre)