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19/01/2013

Gérard Bocholier (2)

 

Elle a surgi la nuit

Sans armes toute en ondes

Fluantes d'eau de suie

 

Nous allons nous coucher

En elle le silence

Tirera sur nos ombres

Ses draps de feu mouillé

 

Comme pour notre mort

Aux bras creusés d'amante

 

* * *

 

Le bras qui menait la musique

A saisi la taille des morts

Les a fait tourner à sa guise

Des relents bruns et des racines

Aux douleurs mauves sans sommeil

 

Toute la symphonie du monde

Toutes les étreintes du ciel

Pour tant de chair bleuie de nerfs

Brisés d'yeux fous et de désastres

Au fond des crânes abîmés

 

Tout ce vent s'échappant du sas

Et ses plaintes nues de forêt

 

 * * *

 

Fidèle en peu de choses

Ce soir je reviendrai

Plus pauvre que les songes

Vendangés sous la chair

 

Le coteau sera rouge

Et rose comme en mai

La poigne de la mort

Verrouillant les mâchoires

 

Plus seul que l'arbre au bord

Du fleuve des ténèbres

Le linge et son empreinte

Oubliés dans la fosse

 

Belles saisons obscures. - éd. Arfuyen, 2012. - 120 pages.

 

* * * * * *

 

Tu m'appelles par mon nom

Tous les jours tu me soulèves

D'un souffle d'un pur passage

D'aile de lueur d'avril

 

J'attends ton dernier appel

Qui traversera mes ombres

Ta pluie qui rajeunira

Ma vie d'une eau éternelle

 

* * *

 

Du sang sur les clous des fibres

De chair collées aux échardes

Le coeur et les terres vides

A peine un fantôme d'arbre

 

Qui sait voir pourtant remarque

Un soulèvement des tertres

La lumière sur l'étable

Ta croix comme un incendie

 

* * *

 

Tes mains au couchant viendront

Tirer le drap sur ma face

L'ombre comblera le livre

Resté ouvert sur la table

 

Les étourneaux dans la vigne

Se tairont Soudain l'archange

Tiendra la balance égale

De la faute et du pardon

 

Psaumes de l'espérance. - éd. Ad Solem, 2012. - 110 pages.

 

Gérard Bocholier

Né en 1947. Parmi ses autres recueils : L'ordre du silence (éd. Chambelland, 1975) ; Le vent et l'homme (éd. Rougerie, 1976) ; Chemin de guet (éd. Subervie, 1979) ; Poussière ardente (éd. Rougerie, 1987) ; Secret des lieux (éd. Rougerie, 1990) ; Terre prochaine (éd. Rougerie, 1992) ; Un chardon de bleu pur (éd. La Table rase, 1992) ; Le village et les ombres (éd. L'Arbre, 1998) ; Chants de Lazare (éd. L'Arrière-Pays, 1998) ; Lueurs de fin (éd. Rougerie, 2000) ; La veille (éd. L'Estocade, 2000) ; Du feu jeté (éd. L'Arrière-Pays, 2004) ; Le démuni (éd. Tarabuste, 2004) ; La venue (éd. Arfuyen, 2006) ; Jour au-delà (éd. Rougerie, 2006) ; Abîmes cachés (éd. L'Arrière-Pays, 2010) ; Psaumes du bel amour (éd. Ad Solem, 2010).

Poésie pour la jeunesse : Terre de ciel (éd. Cheyne, 1985) ; Si petite planète (éd. Cheyne, 1989) ; Poèmes du petit bonheur (Hachette, Livre de poche, 1992).

Études critiques : Pierre Reverdy, le phare obscur (éd. Champ Vallon, 1984) ; Les ombrages fabuleux (éd. L'Escampette, 2003).

Déjà présent dans Poésiemaintenant, le 10 mai 2006.

12:33 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poèmes, poésie

14/10/2012

Eve Lerner

 

En ce temps-là,

l'appel de la rivière se faisait trop pressant

et la forêt trop verte et les enfants

 

envoyés dans les champs de mine

laissaient un trou

comme une lance dans la poitrine.

 

Les hommes avaient le Moyen-Age dans la tête

et du reptilien dans les gonades :

dès que je leur disais une parcelle de vrai

 

ou que je leur offrais une facette de ma vision

ils clignaient des yeux sous la lumière

puis s'agitaient de pulsions meurtrières.

 

Les femmes étaient encore exclues

de la course spatiale même si elles connaissaient

leurs galaxies, leurs nébuleuses à la perfection.

 

En ce temps-là,

seuls les riches pouvaient jouir

des subtilités de la démocratie occidentale.

 

En ce temps-là

j'étais pauvre

et je jouissais de mon âme.

 

 

Le monde tel que je l'ai laissé.

- éd. L'Autre Rive, 2010. - 96 p.

 

 

Eve Lerner

Née en 1949. Parmi ses autres recueils : L'autre rive : The Other Shore (éd. Mama Press international, 1985) ; A capella : je vous dirai mon rêve (éd. L'Autre rive, 2005) ; J'aimerais (éd. Mona Kerloff, 2006) ; Singularités (éd. L'Autre Rive, 2009) ; Le chant vient de plus loin que l'homme (éd. L'Autre Rive, 2010) ; Les états du silence (Atelier de Groutel / éd. J. Renou, 2012).

A préfacé La brûlure des mots, recueil de Jean-Paul Kermarrec paru en 2006 aux éditions de L'Arbre à Paroles (Amay, Belgique).

Collaboratrice régulière de la revue Hopala !http://www.hopala.asso.fr/

Pour en savoir plus : le dossier Eve Lerner du 17ème numéro (2011) de la revue Spered Gouez / L'Esprit sauvage (Carhaix).

26/05/2012

Flora Aurima-Devatine

 

Adresse

 

En-deçà et au-delà

De nos identités originales

De nos appartenances communautaires,

 

En-deçà et au-delà

De nos langues détournées, transgressées,

De nos noms reconnus, ressourcés,

De nos terres de nos îles morcelées, archipélagées, dispersées,

 

En-deçà et au-delà

De nos ruptures, brisures, cassures,

Des clans guerriers, clans paroles, clans écritures,

Clan mémoire, clan histoire,

 

En-deçà et au-delà

Des mélopées funèbres, désespérances de nos béances,

Manques dans nos corps, de l'âme et de l'esprit en nos sociétés multiples,

 

En-deçà et au-delà

De tout ça qui fonde et nourrit nos interventions et écritures particulières,

Nous gardons et emporterons dans nos bagages quelque essence qui est :

 

Sur nos chemins de partage,

 

L'apport par chacun de son brin de conscience,

De réflexion, d'humanité,

Pour commencer à dire ensemble,

Avec nos mots, nos sonorités, nos musiques intérieures,

 

La chose à transmettre,

L'esprit de juste mémoire :

 

Tailler, ajouter, renouer, rénover,

Aplanir, étendre et retresser la natte humaine.

 

 

Publié dans la revue Littérama'ohi, n°5, 2004.

 

Repris dans l'anthologie Outremer, trois océans en poésie /

établie par Christian Poslaniec et Bruno Doucey,

avec la collaboration de Johanna Pélissier.

- éditions Bruno Doucey, 2011. - 282 p.

 

 

Flora Aurima-Devatine

Née à Tahiti en 1942. Parmi ses recueils : Vaitiare, Humeurs (éd. Polytram, 1980).

Son essai Tergiversations et rêveries de l'écriture orale : te pahu a hono'ura (éd. Au vent des îles, 1998) est un vibrant plaidoyer pour l'émergence d'une conscience et d'une écriture polynésiennes.

Présente dans l'anthologie Poètes de Tahiti (établie par Sonia Faessel, éd. de La Table ronde, 2001, collection La Petite Vermillon).