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24/01/2009

Chantal Dupuy-Dunier (3)

 

(17 mai)

 

Une révolution

s'organise au long des talus.

Le peuple des coquelicots,

calicots au poing,

envahit les prés.

Fragilité de la texture,

force du nombre.

 

(...)

 

(16 juillet)

 

La terre se craquelle,

remaniant la carte de la cour,

créant de nouveaux carrefours pour les insectes.

Partout la roche affleure sous l'herbe jaune.

Nous demeurons entre les murs épais

laissant les framboises sauvages

se dessécher sur les chemins.

Entre les pierres

fleurissent les lampes des joubarbes,

étoiles fuchsia.

 

(17 juillet)

Dans la bassine en cuivre,

tu tournes la confiture d'abricots.

Camaïeux orangés, lave sucrée.

Température et parfum s'élèvent jusqu'à l'étage.

La rampe en bois

transpire sous ma main.

 

(18 juillet)

Un scarabée

carrossé comme une Ferrari

fait lentement le tour

d'un pot de pensées.

Chacun de nos pas met en mouvement

un film accéléré de sauterelles et de grillons.

 

De quel monde

sommes-nous les insectes ?

 

(...)

 

(2 novembre)

Au cimetière,

la blondeur convenue des chrysanthèmes

ajoute à la monotonie

des morts trop bien rangés.

Il faudra la neige

pour le joindre au village.

Le gel des pierres tracera

quelques lignes nouvelles sur les caveaux,

autorisant l'émergence des racines.

 

 

Éphéméride. - Flammarion, 2009. - 373 p. - (collection poésie).

 

 

Chantal Dupuy-Dunier

 

Quatorze autres recueils : La  contrebandière des Sorgues, ou la mémoire de l'eau (La Bartavelle, 1992) ; Neuf fragments d'invisible (La Bartavelle, 1993) ;  L'étang brisé (Albatroz, 1994) ; Clavicules des marges (La Bartavelle, 1996) ; Initiales (Voix d'encre, 1999. Prix Artaud 2000) ; Titre, ou Coulisses des degrés (La Bartavelle, 2000) ; Sécantes de la paume (Albatroz, 2001) ; La marche du milieu (Voix d'encre, 2001) ; Et le vert dans la nuit (Artémis, 2003) ; Des ailes (Voix d'encre, 2004) ; La parole redonnée au jardin (Encres vives, 2006) ; Creusement de Cronce (Voix d'encre, 2007) ; Un n'oiseau, des z'oiseaux (Motus, 2008) ; Où qu'on va après ? (L'Idée bleue, 2008).

En revues : Décharge, Encres vagabondes, Linea, Phréatique, ... Membre du comité de rédaction de la revue Arpa. Déjà invitée dans Poesiemaintenant (le 12 mai 2006 et le 11 novembre 2007).

 

14:50 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3)

20/01/2009

Jean-Pierre Vallotton (2)

 

Oui, j'ai vécu dans cette tour, je crois. Mais quand ? Prométhée m'avait-il déjà rendu l'ardeur qui me brûlait l'âme ? Ou était-ce la main de Diotime, la nuit, qui mettait le feu à mes joues ?


Cet arbre enserrant la demeure, je ne me souviens pas. Pouvais-je seulement l'apercevoir de ma pauvre fenêtre ?

 

Mais je me rappelle le fleuve qui roulait ses copeaux jusque sous mon lit. Oh ! la bonne odeur de ces fraîches lamelles lactées. Un brave homme s'occupait de moi. C'est lui que la Loreleï avait choisi pour me porter ces parchemins recroquevillés sur leur intimité, chacun devant me délivrer le message secret que j'aurais à charge de décrypter pour mes frères d'hier et de demain, leur dire l'avance, le recul des saisons fugitives, la frêle voix des sources qui irrigue le fleuve du temps.

 

En cette tour j'ai vécu. Ou bien c'était ailleurs. Qu'importe aux morts, aux vivants ?

 

J'étais là, je suis là, parmi vous, l'un de vous - l'auriez-vous oublié ? Ou c'était un autre, peut-être ?

 

Le silence est la voix de la nuit.

 

Une dernière fois, égaré entre tous ces siècles, laissez-moi signer, humblement : votre Scardanelli.

 

(Hölderlin)

 

Publié dans le n°4/2007 (décembre) du Journal des Poètes

(Maison internationale de la Poésie, Bruxelles).

 

 

 

Jean-Pierre Vallotton

 

Né à Genève en 1955. Parmi ses recueils : Tout cela brûlera (La Bartavelle, 1992) ; Reliefs d'un automne (L'Arbre à paroles, 1995) ; Sommeils de givre, Sommeils de plomb (Empreintes, 1997, Prix Louise Labé 1998) ; Précédemment (L'Arbre à paroles, 1998) ; Chansons en mie de pain : poèmes pour enfants (Lo Païs d'enfance, 2000) ; Poèmes à cordes (L'Arbre à paroles, 2004, Prix Poncetton de la SGDL 2005) ; Ici-haut suivi de Le corps inhabitable (L'Arbre à paroles, 2005).

Un précieux livre d'entretiens avec Jean Tardieu : Causeries devant la fenêtre (Lausanne : PAP, 1988), à rééditer d'urgence.

Invité précédemment dans Poesiemaintenant le 31 octobre 2006.

Pour en savoir plus : http://www.culturactif.ch/ecrivains/vallotton.htm

 

 

10:55 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0)

20/11/2008

Michèle Finck (2)

 

Mies de pierre

 

Août rouge en robe de papillons et de pierres ferrugineuses,

Secouant sa chevelure électrique de châtaigners et de fayards,

Déployant ses élytres de ronces,

Nous porte sur son dos et boit le temps.

Exsudation de quartz dans la torsion des schistes.

Plissements torrides de grès et de marnes lie de vin.

Concrétion de lumière sur les lèvres.

Salive de mémoire, cigales.

Nous sortons de leurs gousses le grenat, l'andésite rose,

Le mica noir, pour les semer dans les bouches.

Le torrent a goût d'azur macéré en terre.

Nuages, moelles de l'âme.

Couchés dans les genets, nous mangeons la pulpe

Du soleil et réparons les ailes des mots.

Nous parlons bas à l'oreille du ciel

Et des pétales d'enfance tombent de la langue.

Dans la bergerie en pierres de taille suspendue aux oiseaux,

La lune pond des oeufs de rires,

Que des chercheurs de contes ramasseront avec des chapeaux de neige.

 

 

L'ouïe éblouie / gouaches de Coline Bruges-Renard.

- Voix d'encre, 2007. - 179 p.

 

 

Michèle Finck

 

Née en 1960, enseignante à l'Université de Strasbourg, spécialiste d'Yves Bonnefoy et de Claude Vigée, dont elle a préfacé les oeuvres complètes parues aux éditions Galaade en 2008.

Si L'ouïe éblouie est son premier recueil, il rassemble des poèmes parus depuis vingt ans dans de nombreuses revues (Arpa, ...) Parmi ses autres publications : un essai, Poésie moderne et musique : vorrei e non vorrei : essai de poétique du son (H. Champion, 2004) ; un scénario, celui du film de Laury Granier, La momie à mi-mots (1996), dansé par Carolyn Carlson et interprété par Philippe Léotard ; et un disque, Le piano à quatre mains (Udnie-Lorimage, 2003).

A lire sur L'ouïe éblouie : Musique charnelle, un article de Jean-Yves Masson, dans "Le Magazine littéraire" de novembre 2007 (p. 72).

Déjà invitée dans Poésiemaintenant, le 19 décembre 2006.